Je jette beaucoup d’images, … peut-être pas assez d’ailleurs. Mais pourquoi ? Quels sont les critères qui dictent mes choix, sont-ils pertinents ?
Attention, il s’agit de choix personnels sur mes propres clichés, vos critères et vos goûts sont, heureusement, différents.
La technique
- Flous divers (Mise Au Point, bougé involontaire, …) : Les critères qui font jeter une image considérée comme floue varient énormément d’une personne à l’autre. Et d’une époque à l’autre. Certaines images que nos « anciens » considéraient comme tout à fait acceptables ne seraient plus considérées comme telles de nos jours. Maintenant, il faut quand même prendre en compte que la notion de netteté / piqué est corrélée au sujet. On ne va pas accepter la même qualité pour un pack-shot de studio ou un reportage de guerre.
- Bruit numérique : les capteurs font des progrès considérables dans ce domaine. Mais là encore tout va dépendre de vos goûts personnels et du sujet. Certains vont accepter plus de bruit numérique dans leurs images d’autres non … Personnellement je n’aime pas trop.
- Répétitions : à l’ère du numérique on dépense son argent en amont de la prise de vue. Après c’est « gratuit ». Conséquence fâcheuse, on multiplie les clichés identiques qui viennent encombrer les Disques Durs. Après, il va falloir des heures pour trouver le moins mauvais des « jumeaux ».


Critères esthétiques
- Cadrage, composition, point de vue, point fort : construire une image dynamique, esthétique, intéressante, est très difficile (… pour moi en tout cas). J’oublie toujours, enfin souvent, quelque chose ! Et au final la prise de vue me déçoit.
- Espace négatif : c’est incroyable le nombre de poubelles, de passants et autres qui peuvent encombrer l’espace négatif d’une photo. L’espace négatif c’est ce qui n’est pas le sujet.
- Sujet : il m’arrive souvent de croire que j’ai choisi un sujet et un angle génial pour mon image … Au final, ma fleur est partiellement fanée, le papillon est estropié, le paysage est plat par manque de lumière, la statue est couverte de déjections, des reflets masquent le sujet, …


Une dimension éthique : sur le coup j’appuie sur le déclencheur, après, … oups, je jette.
- Personnes : même si je ne compte pas les publier j’évite de « voler » des photos de personnes que je ne connais pas. Surtout quand elles sont dans des situations inconfortables ou privées (discussions dans un groupe par exemple).
- Animaux : là encore j’essaie de respecter certaines règles éthiques et légales. Ne pas valoriser la maltraitance en particulier. Certains disent que c’est pour la dénoncer …mouais … Ça fait quand même une image bien spectaculaire. Proposer une boule de graisse aux oiseaux, ok ; tuer un animal pour en attirer un autre NON !
- Lieux : il est à priori interdit de photographier dans les lieux privés (magasins, restaurants, …) Bon, rien n’empêche de photographier votre plat et votre convive s’il (elle) est d’accord, mais n’allez pas plus loin. Dans certains musées les photos sont interdites (pas seulement les flashs).


L’attachement
- Le contenu émotionnel : se séparer d’une image dans laquelle on a investi de soi est quelquefois difficile, voire impossible, en tout cas sur le moment. Même si elle est médiocre on la garde. En retrouvant sur mon DD de vieilles photos stockées depuis presque 20 ans je suis surpris de voir la somme de photos nulles que je peux garder ! Et vous ?
- L’investissement personnel : plus on « travaille » une image, plus on augmente la charge personnelle du cliché. Et pourtant, plus on « triture » » un cliché, plus on admet qu’il est médiocre. Sauf s’il sert de base à une recherche graphique particulière.


Une aide, le système de notation
Les logiciels de développement / catalogage mettent tous à disposition un système de « notation ». Même si en Art la valeur de la « note » et du « classement » est tout à fait subjective, voire imbécile, ce système, si nous le réservons à notre propre usage et à notre propre goût peut être d’une aide précieuse. Il peut nous permettre de choisir, dans notre stock, quelques images qui nous plaisent.
Rater une photo ce n’est pas très grave. La jeter c’est un acte formateur pour le photographe (et militant pour la planète !). Soit, vous êtes un photographe génial, soit, 90% de vos clichés (c’est mon cas) sont à jeter.


N’oublions pas que même les pros, je parle des « pointures » du domaine, ne montrent qu’une toute petite partie de leurs prises de vue. Pour l’essentiel ils jettent. Il suffit de regarder avec quelle sévérité ils « biffaient » leurs planches contact. Je me contenterais souvent d’être l’auteur d’une de ces images rejetées.